Le blog de Misutsu

... j'ai les yeux fatigués, je crois que j'ai besoin d'une cuillère de Nutella.

Le son holophonique, comment et où ? Bonne question …

On parle beaucoup d’images 3D ces derniers temps, mais rarement du son 3D, le vrai, celui qui semble presque tangible à l’instar d’une bonne image 3D. Cette forme de rendu sonore résultant d’un enregistrement de type holophonique n’est pas nouveau, tout comme l’image 3D à laquelle je m’essayais déjà avant de comprendre que ça aurait été trop la misère d’être daltonien, et de ne pouvoir profiter des merveilles technologiques de mon enfance comme ces incroyables lunettes cartonnées illuminées par deux morceaux de matière plastique rouge et verte.

Il faut dire que ça bouge ces derniers temps du côté de l’imagerie 3D. Si pendant longtemps je n’ai eu que les stéréogrammes à me mettre sous la dent pour m’exciter la rétine, ce sont aujourd’hui des moniteurs 3D qui s’affichent dans les boutiques de vente en ligne, et les studios de production qui tentent l’expérience de plus en plus souvent pour tester la viabilité commerciale d’un tel rendu visuel sur la grand public, avec comme prochain rendez-vous, le film Avatar annoncé comme révolutionnaire dans son traitement de l’image 3D. Mais côté son qu’est-ce que l’on a ? Rien que des simulacres, des techniques plus ou moins efficaces, des procédés alambiqués destinées à nous faire acheter plus de Blu-Ray compatibles Dolby Eax Surround Prologic Direct 3D II CMSS DTS 7.1 et autres conneries marketing.

holophonichead

Je crois que l’on a tous risqué l’acouphène en se repassant en boucle le sifflement des balles chatouillant les oreilles de Néo tandis qu’elle creusaient des sillons dans les nôtres. Avec un bon kit d’enceintes, on n’a pas encore trouvé plus immersif que le bruit d’un réacteur d’avion nous traversant la cervelle, mais honnêtement, qui pourra me faire croire que son kit d’enceintes 7.1 a complètement changé la perception qu’il avait d’un film ou d’une œuvre musicale ? J’ai essayé dans des magasins spécialisés des enceintes de qualité, j’ai pu m’essayer à l’écoute d’un SACD dans de bonnes conditions, et si je ne peux nier la clarté et la profondeur que nous offre un bon équipement hi-fi, je n’y ai toutefois rien trouvé de révolutionnaire. Plus de clarté, plus de profondeur, c’est ce que j’ai pensé à chaque essai d’une nouvelle méthode de traitement sonore. La multiplication des enceintes ne fait que déplacer artificiellement la source sonore autour de nous en dessinant un cercle. Pour obtenir un effet satisfaisant, il faut alors croiser les doigts de la main gauche pour que les enceintes latérales et arrières soient à bonnes distances, les doigts de la main droite pour que le film que l’on regarde contienne une piste sonore enregistrées spécialement pour apparaître derrière nous, et prier pour que cela soit bien fait. Ca impressionne mais y’a-t-il un ressenti ?

C’est à ce niveau que l’enregistrement holophonique à de quoi surprendre lorsque l’on y tend l’oreille pour la première fois. Je connais ce type de rendu sonore depuis quelques temps, je me souviens en avoir également trouvé un exemple sur le Music Pix, mais c’est en tombant sur cet article que je me suis replongé dedans. Les extraits qui y sont présentés sont déjà vieux mais démontre très bien le bénéfice de cette technique. Le rendu est exceptionnel. Il ne s’agit plus de déplacer vaguement un son autour de l’oreille, mais d’utiliser tout l’espace autour de la tête pour offrir un ressenti proche du réel. Il faut l’écouter pour y croire. Une fois les yeux fermés, l’enregistrement des sons produits par des objets agités autour de vous les rendent presque palpables. Cette sensation, parce-qu’il est véritablement question de sensations, est aussi surprenante que dérangeante tant j’éprouverais des difficultés à différencier le réel de l’enregistrement. C’est à en avoir des frissons lorsque vous en arrivez à croire ne serait-ce qu’une fraction de secondes que quelque-chose s’agite à quelques centimètres devant votre visage, ou juste au-dessus d’une de vos oreilles.

Bref, c’est saisissant, mais cela a-t-il déjà fait l’objet d’un usage commercial ? En cherchant un peu, j’ai appris que Pink Floyd avait utilisé l’enregistrement holophonique pour son album The Final Cut, mais c’est un peu léger, d’autant que pour moi, Pink Floyd n’a jamais connu qu’un seul et unique succès, un truc avec un mur des briques et des marteaux. Alors pour en trouver plus, j’ai joué la facilité en me tournant vers le réseau Torrent, sur lequel une archive est assez répandue. Ce fichier intitulé 3D sound Holophonic Music sound Effects contient l’album des Pink Floyd, un de Pearl Jam, un troisième de Psychic TV, les fameux extraits largement diffusés sur Internet depuis 2007 et quelques morceaux de musique ayant bénéficié d’un enregistrement holophonique. Malhreuseument, l’écoute de ce contenu montre que cette méthode d’enregistrement – bien qu’elle apporte un rendu unique à ces albums – est mal utilisée, les notions d’espace et de mouvement réinventées par l’holophonie sont sous-exploitées et peu mises en valeur. Seul Psychic TV dont l’album tient plus de l’expérience que de l’œuvre musical a cherché davantage à produire un “effet” sonore sans donner toutefois l’impression d’avoir atteint son but.

PearlJam PinkFloyd PsychicTV

Finalement, les vieux extraits de 2007 restent le meilleur moyen de s’essayer à ce type de son. Je me demande donc si l’holophonie à de l’avenir dans le monde de la musique. Je n’y crois pas trop. On peut porter un casque chez soi, mais tout l’effet est perdu lors d’un concert, et de toute façon, pousser plus loin l’utilisation de l’holophonie dans une composition musicale risquerait de produire un résultat ridicule. Je m’interroge sur son installation dans les salles de cinéma dans lesquelles l’association de l’image 3D rendrait l’expérience pour le moins troublante si elle était bien exploitée. Mais c’est vraiment dans le jeu-vidéo que j’imagine l’holophonie prendre son envol. Tout est question d’immersion, un des aspects les plus important dans un jeu-vidéo en 3D, surtout s’il s’agit d’un FPS, et l’enregistrement holophonique permettrait aux studio de développement d’enrichir l’environnement sonore de leurs jeux comme ils ne l’ont jamais été et ne pourront jamais l’être sans cela. C’est d’ailleurs un sujet de conversation qui anime de plus en plus de forums anglo-saxons. Je pense que c’est dans l’enrichissement de l’ambiance par le travail sur les bruitages que l’holophonie est pleine de promesses. Je me prends déjà à imaginer explorer une forêt luxuriante dont l’abondance de d’éléments sonores viendraient presque me distraire de mon objectif ; le craquement des feuilles et du bois morts sous mes pieds, le frottement de la sangle de mon arme contre ma veste, la galop d’un animal qui s’est décidé à se dévoiler à quelques dizaines de mètres derrière moi, les oiseaux invisibles perchés loin au-dessus de ma tête, et plus haut encore les branchages frissonnant sous le vent qui vient caresser la cime des arbres, sans oublier tous les crépitements et bourdonnements provoqués par une multitude d’insectes dont les chenilles grignotant des feuilles, les fourmis remontant l’écorce d’un arbre et une guêpe rasant mon visage après avoir volé tout autour de moi. Il y a de  quoi faire fantasmer bon nombre de joueurs. Je pourrais même me racheter un PC de jeu pour profiter d’une telle ambiance.

Alors bien entendu, j’accueille avec joie le développement de la 3D au cinéma, cette 3D que l’on connaît pourtant depuis si longtemps, mais je ne pense pas qu’une image 3D aussi belle soit-elle puisse générer le dixième de l’émotion suscitée par une somptueuse composition musicale. L’image en 3D pourrait bien devenir la nouvelle arme de poing des futures super-productions américaines, mais si il y a une place quelque-part qui permettrait au son holophonique de prendre son essor, c’est dans le jeu-vidéo selon moi.

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